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Court-métrage · Fiction 10 min · 2026

Ouroboros

Un bourreau refuse d'exécuter un enfant et doit cacher son secret à tout le monde.

ÉpoqueXIVe siècle
Format2.00 : 1
Découpage55 plans
ProductionLa Pitance
RéalisationMathis Vincent

Comment on a fabriqué un film médiéval à tout petit budget pour la fin de nos études.

Cette page regroupe toute la préparation que nous avons faite pour réussir ce film dans les meilleures conditions — les intentions, les références, le storyboard, le découpage technique, et même le making of et le générique de fin.

Le court-métrage est en cours de sélection dans plusieurs festivals. Il sera disponible sur cette page quand nous aurons terminé les diffusions en festival.

Affiche du film Ouroboros : un serpent doré enroulé autour d'une hache
I

L'idée

Tout part d'un sentiment commun : la morale d'une société peut dérailler sans que personne ne réagisse. L'expérience de Milgram l'avait déjà montré il y a un demi-siècle.

Synopsis

Jacot est un bourreau silencieux. Il tue, il exécute les ordres, il ne faillit pas à sa tâche.

Lorsque Perrin, un garde trop bavard, lui amène un enfant à exécuter, il choisit de défier l'ordre royal et laisse l'enfant s'échapper.

Jacot est alors confronté aux conséquences de son acte : s'il est découvert, il deviendra lui-même condamné. Il va devoir masquer ses traces et façonner un mensonge parfait auquel Perrin croira.

Note d'intention

Nos vies deviennent peu à peu une répétition sans réflexion, d'actions que d'autres ont décidées pour nous. Est-il possible de briser cette boucle, de cesser d'obéir aveuglément et de prendre en main notre destin ?

Le choix d'un bourreau nous semblait évident : il est un maître de la mort contraint d'être sous les ordres du Roi, mais reste-t-il avant tout humain ?

Le film se déroule à une époque médiévale où les rapports de force étaient bien plus exacerbés qu'aujourd'hui — mais les questions qu'il pose restent très actuelles. Une comédie dramatique, pour que le message reste accessible sans perdre les émotions d'un drame. La comédie, c'est Perrin, qui raconte tout ce qui lui passe par la tête.

Le libre arbitre ou l'obéissance, la liberté ou le silence,
la morale ou la complicité.

Que choisirez-vous ?
II

La mise en scène

Une règle unique : la caméra est toujours liée à l'état intérieur de Jacot. L'obéissance se traduit par la stabilité, la rébellion par un déséquilibre.

Caméra

Fixe dans l'atelier, Steadicam sur le sentier.

Le mouvement répond à une logique spatiale. En intérieur, le cadre est posé, sur trépied. Dehors, la caméra marche avec eux — au plus près des émotions, sans que les parasites d'une caméra portée ne distraient. À la fin, elle redevient fixe.

Cadre

L'étau se resserre.

Environ 70 % de plans serrés pour capter chaque émotion, 30 % de plans larges pour rappeler sa solitude. Quand Jacot suit les règles, il est bien placé dans le cadre. Quand il est en tension, il est désaxé. À chaque retour du gros plan, l'image se referme un peu plus sur lui.

Rythme

Lent, pesant, tendu.

Certains plans durent longtemps, pour laisser le malaise s'installer. Aucune transition particulière. La musique appuie les instants de tension — et parfois, quand la tension est trop forte, elle s'interrompt. Le silence fait le reste.

Pourquoi 2.00 : 1 ? Le décor est hivernal : les arbres sont dénudés, la multiplicité des troncs crée de nombreuses lignes verticales. Un format plus étiré aurait risqué de trop « quadriller » l'image. Le 2.00 garde une image large sans basculer dans une dramatisation excessive — et maintient l'isolement du personnage.

2.35 Trop large : les troncs quadrillent le cadre, le personnage se noie.
2.00 Retenu : large, mais la verticalité reste composable.
55Plans découpés
70 / 30Serrés / larges
5 séquencesAtelier → Fosse
10 minDurée visée
III

L'image

Pas d'esthétique « d'époque » poussiéreuse ou désaturée. Une image organique, contrastée, où l'on ressent la matière : le grain de la peau, la sueur, la rugosité des décors.

Moodboard extérieur : forêts froides, visages en gros plan, lumière hivernale
Moodboard — Extérieur
Moodboard intérieur : pénombre, entrées de lumière froide
Moodboard — Intérieur
The Green Knight · D. Lowery Gladiator II · R. Scott The Witcher Macbeth · J. Kurzel The Tragedy of Macbeth · J. Coen The King · D. Michôd

Lumières

Toute l'action se passe de jour. Les lumières sont dures, pour contraster les visages et appuyer la tension du personnage principal.

En intérieur, l'ambiance est très sombre, percée de quelques entrées de lumière froide, presque blanche, à travers les interstices du bâtiment. Les personnages prennent vie en traversant ces zones éparses avant de retourner à l'ombre de leurs actions macabres.

Dehors, contraste poussé au maximum pour une froide journée d'hiver : la forêt projette ses ombres le long du sentier.

Étalonnage

Teintes dominantes froides, bleu et vert pâle. Les seuls points chauds de l'image sont les peaux : la séparation doit être marquée entre le froid de cet univers et la chaleur des personnages.

Un léger vert dans les noirs ajoute au malaise. L'idée vient d'un témoignage de Jill Bogdanowicz, coloriste de Joker : une légère fluctuation vers une teinte de noir peut changer le ressenti global de l'image.

Noirs vertsPeaux

Son

La musique n'est pas d'époque : on se laisse la liberté de composer avec des instruments actuels, dans l'esprit de One Battle After Another.

Le sound design accentue chaque geste, chaque détail. Comme pour l'image, où l'on voit la texture de chaque personnage, on entend la texture de chaque bruit.

IV

Direction artistique

Chaque acteur porte un costume qui correspond à sa profession. Les lieux sont fidèles à l'époque, de l'atelier au petit sentier. Les couleurs sont neutres, mais pas désaturées.

Planche costumes : Jacot le bourreau, Perrin le garde, l'enfant
Les personnagesJacot · Perrin · L'enfant
Planche costumes : les villageois
Les villageoisCostumes
Planche maquillage : peaux marquées, mains sales, fatigue
Le maquillageHMC
Planche décors : atelier, établi, seau, chaînes, grange
Les décorsAtelier · Grange · Sentier

Rien ne doit paraître artificiel. Tout doit sembler vrai.

C'est ce réalisme qui porte le film : on ne cherche pas à embellir, on cherche à faire sentir la matière. Un établi usé, un seau de bois, une tunique tachée valent mieux qu'un décor propre. Direction artistique : Romane Bayiza et Romain Sanlaville.

V

Le découpage

Chaque plan est d'abord imaginé et retranscrit dans le découpage technique, avant d'être storyboardé, puis posé sur le plan au sol pour les axes de caméra.

Découpage technique

55 plans · 2 inserts

Pour chaque plan : la machinerie, l'axe, l'échelle, le décor, l'action jouée, la mise en scène, les accessoires indispensables et le temps estimé. C'est le document que tout le plateau a en main. Les quatre premiers plans, pour se faire une idée :

1.1
FixeUne main de 3/4 plongéeGros planAtelier15'

Une goutte de sang coule sur un bras inanimé, jusqu'à la main Le bras est attrapé par quelqu'un et rabattu vers le corps

Lent et pesant

1.2
FixeJacot de derrièreMoyenAtelier15'

Jacot de dos est en train de finir d'emballer le corps

Emballage du corps

1.3
Suivi panJacot de profil, dos, facePoitrineAtelier25'

Jacot nettoie la lame de sa hache avec une éponge Jacot se penche au dessus d'un sceau et essort son éponge, du sang en coule Jacot retourne prêt de la fenêtre, à la table de l'atelier et essuie encore sa hache avec un tissu

Jacot est minutieux, il nettoie bien sa hache, il a l'habitude Jacot est minitueux, voir maniaque et inspecte la hache dans les moindres détails

1.4
FixeJacot de derrièrePoitrineAtelier15'

Caméra filme une fenêtre, on appercoit la nature au dehors, Jacot viens se positionner devant la caméra, bouchant la vue

Jacot entre dans le plan et cache la caméra

Storyboard

10 planches · crayon
Storyboard, page de titre
Storyboard, planche 1
Storyboard, planche 2
Storyboard, planche 3
Storyboard, planche 4
Storyboard, planche 5
Storyboard, planche 6
Storyboard, planche 7
Storyboard, planche 8
Storyboard, planche 9
Storyboard, planche 10

Plans de sol

Shot Designer · axes caméra
Plan de sol de la séquence 1 (atelier), plans 1 à 11
Séquence 1 — AtelierPlans 1 à 11
Plan de sol de la séquence 1 (atelier), plan 12 et suite
Séquence 1 — AtelierPlan 12 → fin
Plan de sol de la séquence 1, vue d'ensemble des axes
Séquence 1 — EnsembleTous les axes
Plan de sol de la séquence 3 (sentier)
Séquence 3 — SentierSteadicam
Plan de sol de la séquence 4
Séquence 4 — VillageoisExtérieur
VI

L'équipe

Un film d'école produit par La Pitance, avec le soutien de Sup de Pub, Transpa, abg assurances et du Musée national de Port-Royal des Champs.

Page « L'équipe » du dossier artistique

Générique

Réalisation
Mathis Vincent
Scénario
Romain Sanlaville, Mathis Bureau, Théos Chazard, Mathis Vincent
Chef opérateur
Antoine Legrand
Direction artistique
Romane Bayiza, Romain Sanlaville
Montage
Théo Chasson
Son
Théo Canavese
Musique
Martin Nowacki
Production
Ambre Da Silva Matos, Quentin Mesdagh

Casting

Jacot
Roman Yenkey
Perrin
Neill Murray
Ruffin
Marin Fraix
L'enfant
Giulia Boccardo
VII

Le tournage

Treize minutes sur le plateau et en coulisses : production, direction artistique, décors, et ce qu'on ne prévoit jamais.

Tournage · 13 min Making of
VIII

Le générique de fin

Entièrement réalisé en 3D. La direction artistique est inspirée des illustrations de l'époque et du pop-up : chaque nom surgit d'une page qui se déplie.

3D · 51 s Générique de fin

Documents

01 SynopsisLe film en une page

Jacot est un bourreau silencieux, il tue, il exécute les ordres, il ne faillit pas à sa tâche. Lorsque Perrin, un garde trop bavard, lui amène un enfant à exécuter, il choisit de défier l'ordre royal et laisse l'enfant s'échapper.

Jacot est alors confronté aux conséquences de son acte : s'il est découvert, il deviendra lui-même condamné. Il va devoir masquer ses traces et façonner un mensonge parfait auquel Perrin croira.

02 Note d'intentionPourquoi ce film, pourquoi un bourreau

Nos vies deviennent peu à peu une répétition sans réflexion, d'actions que d'autres ont décidées pour nous. On nous fait croire que choisir est bien trop difficile et qu'il est préférable de se laisser porter par le sens imposé. Mais est-il possible de briser cette boucle, de cesser d'obéir aveuglément et de prendre en main notre destin ?

Ce projet naît d'un sentiment commun. Il arrive que la morale de notre société déraille sans que personne ne réagisse. Alors, par peur de rentrer en conflit avec l'ordre établi, nous laissons tout passer. Nous n'inventons rien, l'expérience de Milgram avait déjà mis en lumière ces comportements-là il y a plus d'un demi-siècle. À travers ce film, nous voulons montrer que la pression autoritaire qui pèse au-dessus de notre tête n'est pas une fatalité mais seulement une illusion. Il est temps de prendre en main des rênes à l'abandon depuis trop longtemps, de devenir maître de ses propres décisions.

Le film se déroule à une époque médiévale où les rapports de forces étaient beaucoup plus exacerbés qu'aujourd'hui mais les problématiques abordées restent très actuelles.

Ce scénario, c'est l'histoire de Jacot, un bourreau du XIVe siècle qui va faire le choix de la vie. Il va épargner un enfant destiné à la mort. Se rendant compte de la société dans laquelle il évolue, il décide de faire le choix moral et de se lever contre ses chefs. Après avoir laissé s'échapper cet enfant, il se trouve lié à un garde, symbole de l'autorité du Roi, qui pense que l'enfant est mort.

Le dilemme : doivent-ils obéir aux ordres des puissants, quitte à en perdre leur morale ? Ou doivent-ils s'en affranchir et faire le choix de la vie ? Le libre arbitre et la morale face à l'obéissance et l'asservissement.

Le choix d'un bourreau nous semblait évident : il est un maître de la mort contraint d'être sous les ordres du Roi, mais reste-t-il avant tout humain ?

Nous avons choisi de faire de ce film une comédie dramatique pour que le message que l'on essaie de faire passer reste accessible tout en gardant les émotions d'un drame. L'aspect comédie du film passe surtout par le personnage de Perrin, qui est très bavard et qui n'hésite pas à raconter tout ce qui lui passe par la tête.

Nous voulons montrer le jeu des apparences qui pousse à enfouir notre morale. De ce sentiment découlent nos deux personnages qui partagent les mêmes valeurs mais se les cachent par peur de l'ordre établi.

En résumé, ce film c'est choisir entre le libre arbitre ou l'obéissance, la liberté ou le silence, la morale ou la complicité, le pardon ou la haine. Que choisirez-vous ?

03 Note de réalisationMise en scène, rythme, image, son

« Ouroboros », c'est l'histoire d'un bourreau qui va se rebeller face à la société dans laquelle il vit. Il refuse d'exécuter un enfant et va essayer de cacher ce secret à tout le monde.

À travers ce film, je veux parler du libre arbitre, du combat intérieur que l'on peut avoir lorsqu'on trouve que la société est injuste, lorsque personne ne parle par peur d'être réprimandé. Que faire lorsqu'on est seul face à une société qui déraille ?

Mise en scène

La mise en scène sera toujours liée à l'état intérieur de Jacot, notre personnage principal. Je souhaite que la caméra soit au plus proche de lui, que l'on capte la moindre émotion qu'il ressent. Dans l'atelier, la caméra sera fixe, sur trépied. Sur le sentier, la caméra sera à l'épaule, en mouvement avec eux et à la fin, la caméra redeviendra fixe. Les mouvements de caméra traduisent les troubles intérieurs de Jacot, l'obéissance se traduit par la stabilité, la rébellion par un déséquilibre.

Les plans serrés (environ 70 %) permettront de capturer chaque émotion du personnage. Les plans larges (30 %) rappelleront sa solitude.

La composition des cadres suit la même logique. Lorsque Jacot suit les règles, il est bien positionné dans le cadre. Mais lorsqu'il est en tension, il sera désaxé.

Rythme

Le rythme sera lent, pesant, tendu. Certains plans dureront longtemps, pour laisser le malaise s'installer. Il n'y aura pas de transitions particulières ou spéciales.

Image

Je ne veux pas d'une esthétique « d'époque » poussiéreuse ou désaturée. Je cherche une image organique, contrastée, où l'on ressent la matière : le grain de la peau, la sueur, la rugosité des décors. La lumière doit sculpter les visages pour révéler la fatigue, sans chercher à embellir la réalité.

Direction artistique

Chaque acteur aura un costume qui correspond à sa profession. Les lieux seront aussi fidèles à l'époque, que ce soit de l'atelier au petit sentier que les protagonistes traversent. Les couleurs seront neutres mais pas désaturées. Encore une fois, cela appuie cet aspect de réalisme du film. Rien ne doit paraître artificiel, tout doit sembler vrai.

Son

Pour ce qui est de la musique, elle viendra surtout appuyer les instants de tension. J'aimerais jouer aussi avec le silence, que certains moments où la tension est telle que même la musique s'interrompt.

J'aimerais que l'on s'inspire de One Battle After Another pour la musique, qui correspond exactement à ce que je cherche comme émotion et intensité. Le style de musique ne sera pas de l'époque du court-métrage, on se laisse la liberté de composer avec des instruments actuels.

Le sound design viendra accentuer chaque moment, chaque son, chaque détail. Comme pour l'image où on verra la texture de chaque personnage, on entendra la texture de chaque bruit.

Conclusion

Ouroboros ce n'est pas juste le constat d'une société malade, c'est l'histoire d'une étincelle qui pourrait déclencher une révolution. À travers ce film, je veux représenter la réalité étouffante qu'est celle de se confronter à une société qui déraille. Montrer à quel point on peut se sentir seul et condamné alors que la réalité en est tout autre.

Ce film, c'est pour rappeler qu'il n'est pas impossible de faire changer les choses même à notre échelle. Même isolée, une conscience qui se réveille, c'est le début d'une révolution.

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